NB! Kildehenvisningen skal oversettes.
Le Joly mystère
Elle a surpris son monde, Eva Joly, en battant à plate couture le très médiatique Nicolas Hulot dans la première primaire qu’ait organisée Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Au démarrage, la Franco-Norvégienne cumulait les handicaps : c’était une convertie de fraîche date à l’écologie, qui se trompait dans ses fiches, manquait de charisme et trimbalait derrière elle l’image du juge inflexible qui avait envoyé derrière les barreaux des personnalités aussi protégées que Bernard Tapie, Roland Dumas ou Loïk Le Floch-Prigent. A l’arrivée, la dame aux lunettes rouges et rondes, qui lui font une tête de clown, inflige une déculottée au roi de l’écologie, au père du pacte écologique, à l’animateur d’ »Ushuaïa », qui bénéficiait d’un capital de sympathie et de notoriété infiniment supérieur. Il y a là un « Joly » mystère à percer.
On a beaucoup lu dans la presse la façon dont Eva Joly a su infléchir le cours de sa campagne, en changeant d’équipe à mi-parcours, en travaillant ses dossiers, en corrigeant ses erreurs avec une calme obstination. On a bien noté aussi les bourdes du lièvre Hulot parti trop tard en campagne et beaucoup trop sûr de lui, alors qu’il ne connaissait rien aux règles de la politique.
On s’est moins interrogé sur la nature du vote des militants d’Europe Ecologie-Les Verts. Ils étaient, au second tour, 23000 adhérents et membres de la coopérative à voter. C’est à la fois infiniment supérieur à ce que les Verts étaient naguère en mesure de mobiliser – quelques milliers d’adhérents – et dérisoire comparé au gisement de l’électorat écologiste. D’où la question qui brûle les lèvres : en choisissant Eva Joly sur un projet identifié à gauche de la gauche, avec des thèmes comme la démondialisation ou la VIe République que la majorité des socialistes n’osent plus défendre, les écologistes ont-ils vraiment voulu jouer la gagne à la présidentielle ou bien saluer l’entre-soi, marquer leur territoire, affirmer une identité, éviter « la dérive » centriste que risquait d’incarner le grand rival Nicolas Hulot ?
Extrait d’une analyse parue dans le Monde du 16 juillet 2011, p. 18
Lagt ut 10.01.2012